Définir ce qu'est une bonne écriture n'est pas une chose aisée. Chacun possède ses attentes propres vis-à-vis d'une lecture. Il existe donc autant de bonnes écritures qu'il existe de lecteurs. Pourtant, renoncer à tout principe en la matière serait comme d'affirmer que l'on ne peut avoir aucune exigence a priori.
Pour ma part, j'estime que la première vertu d'un texte est d'être compréhensible parce que c'est le but premier du langage. Dans un second temps seulement, on pourra impressionner, parce que la littérature aime qu'on se souvienne d'elle.
Le mélange de ces deux choses produit ce qu'on appelle pompeusement : le style. Mais, contrairement à ce que le mot laisse supposer, il ne s'agit pas de cosmétique. En effet, le but n'est pas de faire des manières ou d'affirmer sa personnalité, il est de provoquer l'emphase avec son lecteur. La littérature, comme tout art, est d'abord laborieuse avant d'être quoi que ce soit d'autre.
Il y a bien longtemps que j'essaye d'écrire, hélas, je n'ai appris que très récemment que j'écrivais mal. J'avais en effet commis l'erreur de croire que la poésie était l'amie naturelle de l'incompréhension : C'est totalement faux ! Au contraire, il faut employer les mots pour le sens qu'ils portent vraiment, car jamais un mot ne vous appartient, sa signification n'appartient d'ailleurs pas non plus aux dictionnaires (bien qu'ils aient souvent raison), le sens d'un mot est dans son usage, il appartient à ceux qui l'utilisent.
Pour développer sa prose, il faut la rendre transparente et fluide de sorte qu'elle frappe l'oreille d'un enfant avec la même harmonie que celle d'un adulte, même s'il ne comprend pas ce qui se dit, il faut que la musique reste compréhensible malgré tout. Pour ce faire, chacun aura sa technique. Les plus scientifiques apprécieront la pragmatique qui est l'art de formuler des phrases concises. À partir de cette idée directrice, les lois sont déduites. Je les présenterais dans un post futur. Mais il existe également des techniques plus mystiques et incantatoires : relire énormément ses textes, apporter des corrections sans fin et apparemment sans but, avancer doucement vers l'aboutissement et comprendre qu'un texte n'est jamais totalement fini. Oublier, écrire, corriger à nouveau... l'histoire de la vie apparait en filigrane. Il est également possible de faire subir à ses textes l'expérience du gueuloir, c'est-à-dire lire ses textes à voix haute. C'est un traitement très formateur. Personnellement, je n'ai jamais rien écrit qui ai traversé cette épreuve sans correction. Et même avec ces techniques, j'ai compris qu'il n'était pas suffisant d'être correct : la légèreté est encore bien plus difficile à atteindre. Pour ce faire, ma méthode est de lire mes textes jusqu'au moment où, n'entendant plus que le tintement des mots comme une pagaie qui s'enfonce dans l'eau, je ne perçois plus que le sens profond du mot et sa résonance inconsciente devient tout ce qui me reste dans le sommeil.
jeudi 22 novembre 2007
dimanche 11 novembre 2007
Voyage, voyage...
Partez en voyage, dans un autre temps, dans une autre lieu... Ne parlez plus de vous, mais d'une autre civilisation, cherchez dans les dictionnaires une histoire que vous ne soupçonniez pas...
C'était il y a bien longtemps, à l'époque où Jésus n'était pas encore né, sur une île proche des côtes du Liban. On avait fondé la ville de Tyr, elle se tenait sur son bout de rocher, à quelques centaines de mètres seulement du rivage, même les anciens ne savaient pas depuis combien de temps la ville se trouvait ici. Les eaux bleues de la Méditerranée entourent la ville, le poisson abonde, le temps est souvent calme, pourtant on ne trouve guère de jeunes gens pour se dédier à la pêche, en effet d'autres activités plus lucratives accaparent toutes les vocations. On ne compte plus que quelques pêcheurs depuis que les premières expéditions étaient revenues d'Ibérie avec des bateaux chargés d'or. Les aventures de ces marchands, transformées par le bouche-à-oreille avaient pris une telle dimension épique que pratiquement toute la cité se convertissait au commerce. L'appât du gain guidait les hommes. La ville était désormais majoritairement peuplée de voyageurs au long cours, marchands de leur état, dans tout le bassin punique, Tyr était devenue un modèle de prospérité de telle manière qu'être pauvre à Tyr équivalait à être riches dans les petits villages des montagnes. Les ressources essentielles, la viande et le blé venaient des côtes, on traitait avec les Phocéens de Massalia pour le vin, les Perse et les Mèdes vendaient des esclaves, les Égyptiens aussi vendaient des parfums et partout sur la Méditerranée on avait la fièvre du métal, jusqu'en Ibérie. Il en arrivait de partout, il servait pour fabriquer des outils de plus en plus modernes, tout le monde en voulait, pour fabriquer son outil. Dans ces conditions, les marchands étaient gras et richement vêtus, parfois même le roi de l'île paraissait bien pauvre à côté de ceux-là.
Les marchands sont au sommet, les pêcheurs eux se trouvent au bas de l'échelle, juste au-dessus de mendiant. Pour autant, il ne faut pas croire que le statut de pêcheur soit une condition malheureuse sur Tyr. En effet, les richesses de la cité rejaillissent toujours, à un moment ou un autre, sur toute la population. Les vendeurs de poissons recevaient donc aussi leur part des affaires, certes de manière indirecte. Les marchands qui, bien que trafiquant dans tous les ports de la Méditerranée, une fois revenus au bercail, semblent avoir tout oublié de l'art du négoce et ignorant le prix des denrées de base, deviennent à leur tour les pigeons les plus innocents qu'on puisse imaginer, payent et paraissent contents de se faire avoir. Tirant l'oreille des vendeurs, ils disent « tu m'assassines, fils ! », mais trop content de rentrer au pays, ils ne cherchent pas de noises aux gens de leur peuple. Certains marchands étaient si riches qu'ils achetaient parfois quatre poissons avec une pièce d'or de Sparte, jugeant que les «produits du pays » valaient bien cet extra. Les pêcheurs ayant une maison proche du port marchand se frottaient les mains et remercient la providence de leur bonne fortune.
Parmi la pêcherie de Tyr, Ormund est un notable qui gagne bien sa vie. Il a compris que l'essence du commerce ne s'appuie pas sur une quelconque réalité, mais qu'il repose sur un système psychologique où l'art consiste à instrumentaliser le désir. Il avait appris cela en regardant les marchands, la valeur était plus liée au prix qu'à la qualité effective du bien. Ainsi, en vendant ses poissons plus chers, il effectue la démonstration que ses poissons sont meilleurs que ceux des autres. Avec cette astuce, Ormund était parvenu à avoir les plus riches clients du port. Ormund savait que ses clients n'entendaient rien à la pêche et qu'ils n'auraient jamais l'idée de lui demander comment il parvient à sélectionner dans son filet que de bons poissons en rejetant les mauvais.
Ormund vivait une existence paisible dans sa maison près de la plage avec sa femme, Esha, il y avait aussi son père Hiqmar et son esclave Numide, Simiss. Sa femme, épousée à l'âge de quinze ans, avait sept ans de moins que lui, elle ne lui avait jamais donné d'enfant bien qu'il s'y soit fort employé la première année de son mariage. À son grand dam, rien n'était jamais sorti du ventre de sa femme. Son père avait cinquante années, mais n'était plus bon à rien et passait son temps à maugréer en regardant la mer. Sans héritier, Ormund se préoccupe énormément d'avoir commis une faute qui expliquerait pourquoi les Dieux lui refusaient un fils. Il avait sacrifié un mouton pour obtenir un héritier, rien n'est venu. Il avait donc adopté l'enfant de son esclave, cet enfant était très probablement de lui, car il avait couché avec son esclave, il n'en demeurait pas moins bâtard et il ne l'avait pas baptisé de son nom.
Il n'est pas courant pour un paysan d'avoir une esclave, un marchand nommé Eli lui a offert Nimiss contre un service rendu. Ormund qui n'avait aucune expérience sur la manière de traiter les esclaves l'avait peu à peu intégré dans la famille, il lui refusait uniquement d'avoir de l'argent. Sa femme ne regardait pas d'un bon oeil qu'il couche avec l'esclave et s'en plaignait souvent à Hiqmar. Le père écoutait Esha, comme il était un peu sourd il la laissait dire ses jalousies des femmes, hochant la tête sans l'écouter. Il n'y avait pas là de quoi faire tant de foin. En effet, malgré qu'il s'excusait fréquemment auprès de sa femme pour coucher avec Nimiss, Ormund n'avait pas le vice des femmes. Il concède aux femmes leur utilité à faire des enfants et à être douces, en dehors de ceci, pas grand-chose. Les femmes, la science l'avait établi, n'avaient pas la possibilité de converser avec les ancêtres et de transmettre le savoir, jamais il n'y avait eu de prêtresses.
Ormund aimait contempler la mer le soir après sa journée de pêche, loin de l'agitation de la ville. Par un passage dans la muraille construite récemment autour de la ville, on accédait à un promontoire qui permettait de regarder la Méditerranée. À cet endroit encore on était un peu préservé de l'agitation de la ville, il aimait venir pour rêvasser : ne pas entendre les gueuleries des marchands les jérémiades de sa femme. Ormund s'asseyait en dessous d'un olivier et attendait que le soleil se couche. Tous les soirs les couleurs qui se reflétaient dans la mer différaient et jamais Ormund ne se lassait de contempler les couchers de soleil, il jouait à deviner le temps qu'il ferait le lendemain. Il imaginait les bateaux qui croisaient au large vers les contrées lointaines, chez les Romains et des Grecs.
Clément Soullard
C'était il y a bien longtemps, à l'époque où Jésus n'était pas encore né, sur une île proche des côtes du Liban. On avait fondé la ville de Tyr, elle se tenait sur son bout de rocher, à quelques centaines de mètres seulement du rivage, même les anciens ne savaient pas depuis combien de temps la ville se trouvait ici. Les eaux bleues de la Méditerranée entourent la ville, le poisson abonde, le temps est souvent calme, pourtant on ne trouve guère de jeunes gens pour se dédier à la pêche, en effet d'autres activités plus lucratives accaparent toutes les vocations. On ne compte plus que quelques pêcheurs depuis que les premières expéditions étaient revenues d'Ibérie avec des bateaux chargés d'or. Les aventures de ces marchands, transformées par le bouche-à-oreille avaient pris une telle dimension épique que pratiquement toute la cité se convertissait au commerce. L'appât du gain guidait les hommes. La ville était désormais majoritairement peuplée de voyageurs au long cours, marchands de leur état, dans tout le bassin punique, Tyr était devenue un modèle de prospérité de telle manière qu'être pauvre à Tyr équivalait à être riches dans les petits villages des montagnes. Les ressources essentielles, la viande et le blé venaient des côtes, on traitait avec les Phocéens de Massalia pour le vin, les Perse et les Mèdes vendaient des esclaves, les Égyptiens aussi vendaient des parfums et partout sur la Méditerranée on avait la fièvre du métal, jusqu'en Ibérie. Il en arrivait de partout, il servait pour fabriquer des outils de plus en plus modernes, tout le monde en voulait, pour fabriquer son outil. Dans ces conditions, les marchands étaient gras et richement vêtus, parfois même le roi de l'île paraissait bien pauvre à côté de ceux-là.
Les marchands sont au sommet, les pêcheurs eux se trouvent au bas de l'échelle, juste au-dessus de mendiant. Pour autant, il ne faut pas croire que le statut de pêcheur soit une condition malheureuse sur Tyr. En effet, les richesses de la cité rejaillissent toujours, à un moment ou un autre, sur toute la population. Les vendeurs de poissons recevaient donc aussi leur part des affaires, certes de manière indirecte. Les marchands qui, bien que trafiquant dans tous les ports de la Méditerranée, une fois revenus au bercail, semblent avoir tout oublié de l'art du négoce et ignorant le prix des denrées de base, deviennent à leur tour les pigeons les plus innocents qu'on puisse imaginer, payent et paraissent contents de se faire avoir. Tirant l'oreille des vendeurs, ils disent « tu m'assassines, fils ! », mais trop content de rentrer au pays, ils ne cherchent pas de noises aux gens de leur peuple. Certains marchands étaient si riches qu'ils achetaient parfois quatre poissons avec une pièce d'or de Sparte, jugeant que les «produits du pays » valaient bien cet extra. Les pêcheurs ayant une maison proche du port marchand se frottaient les mains et remercient la providence de leur bonne fortune.
Parmi la pêcherie de Tyr, Ormund est un notable qui gagne bien sa vie. Il a compris que l'essence du commerce ne s'appuie pas sur une quelconque réalité, mais qu'il repose sur un système psychologique où l'art consiste à instrumentaliser le désir. Il avait appris cela en regardant les marchands, la valeur était plus liée au prix qu'à la qualité effective du bien. Ainsi, en vendant ses poissons plus chers, il effectue la démonstration que ses poissons sont meilleurs que ceux des autres. Avec cette astuce, Ormund était parvenu à avoir les plus riches clients du port. Ormund savait que ses clients n'entendaient rien à la pêche et qu'ils n'auraient jamais l'idée de lui demander comment il parvient à sélectionner dans son filet que de bons poissons en rejetant les mauvais.
Ormund vivait une existence paisible dans sa maison près de la plage avec sa femme, Esha, il y avait aussi son père Hiqmar et son esclave Numide, Simiss. Sa femme, épousée à l'âge de quinze ans, avait sept ans de moins que lui, elle ne lui avait jamais donné d'enfant bien qu'il s'y soit fort employé la première année de son mariage. À son grand dam, rien n'était jamais sorti du ventre de sa femme. Son père avait cinquante années, mais n'était plus bon à rien et passait son temps à maugréer en regardant la mer. Sans héritier, Ormund se préoccupe énormément d'avoir commis une faute qui expliquerait pourquoi les Dieux lui refusaient un fils. Il avait sacrifié un mouton pour obtenir un héritier, rien n'est venu. Il avait donc adopté l'enfant de son esclave, cet enfant était très probablement de lui, car il avait couché avec son esclave, il n'en demeurait pas moins bâtard et il ne l'avait pas baptisé de son nom.
Il n'est pas courant pour un paysan d'avoir une esclave, un marchand nommé Eli lui a offert Nimiss contre un service rendu. Ormund qui n'avait aucune expérience sur la manière de traiter les esclaves l'avait peu à peu intégré dans la famille, il lui refusait uniquement d'avoir de l'argent. Sa femme ne regardait pas d'un bon oeil qu'il couche avec l'esclave et s'en plaignait souvent à Hiqmar. Le père écoutait Esha, comme il était un peu sourd il la laissait dire ses jalousies des femmes, hochant la tête sans l'écouter. Il n'y avait pas là de quoi faire tant de foin. En effet, malgré qu'il s'excusait fréquemment auprès de sa femme pour coucher avec Nimiss, Ormund n'avait pas le vice des femmes. Il concède aux femmes leur utilité à faire des enfants et à être douces, en dehors de ceci, pas grand-chose. Les femmes, la science l'avait établi, n'avaient pas la possibilité de converser avec les ancêtres et de transmettre le savoir, jamais il n'y avait eu de prêtresses.
Ormund aimait contempler la mer le soir après sa journée de pêche, loin de l'agitation de la ville. Par un passage dans la muraille construite récemment autour de la ville, on accédait à un promontoire qui permettait de regarder la Méditerranée. À cet endroit encore on était un peu préservé de l'agitation de la ville, il aimait venir pour rêvasser : ne pas entendre les gueuleries des marchands les jérémiades de sa femme. Ormund s'asseyait en dessous d'un olivier et attendait que le soleil se couche. Tous les soirs les couleurs qui se reflétaient dans la mer différaient et jamais Ormund ne se lassait de contempler les couchers de soleil, il jouait à deviner le temps qu'il ferait le lendemain. Il imaginait les bateaux qui croisaient au large vers les contrées lointaines, chez les Romains et des Grecs.
Clément Soullard
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